Mercredi 4 mai   Séance n°28 (plus que 5)

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DNA

Lorsque vous suivez la route des rayons, même sous un soleil radieux de mai, il est tentant d’en vouloir à vos parents, à leurs propres parents ainsi qu’à leurs ascendants.

Vous trouvez peut-être cela choquant mais c’est malheureusement la réalité.

Si cela peut vous rassurer, j’ai aussi toutes les raisons de battre ma propre coulpe.

Cela demande quelques explications.

Il y a des années, mon premier vrai job à la télévision, consistait à faire des recherches pour la fameuse émission de consommateurs en croisade, « That’s Life! » (C’est la vie !). Animée par Esther Rantzen (Toute en dents et accompagnée de légumes aux formes suggestives), c’était un mélange subtil d’humour potache et de très sérieux.

J’ai passé plusieurs semaines à travailler sur un thème développant la façon dont nous devrions tous prendre soin de notre cœur en arrêtant de fumer, en faisant plus d’exercice et en surveillant notre alimentation.

Dans le cadre de mes recherches, j’ai dû me rendre à l’hôpital St Mary de Londres pour discuter avec un éminent cardiologue, expert en la matière.

Il m’a cité quelques excellents principes selon lesquels nous devrions tous faire des efforts pour rester en bonne santé et éviter les crises cardiaques. Je me suis mis à griffonner dans mon carnet avec enthousiasme.

Puis il a marqué une pause, m’a regardé avec un regard plein de discernement et m’a dit :

« Est-ce que je peux vous parler un peu en off ? »

J’ai posé mon carnet.

« Tous ces conseils sur le régime alimentaire et l’exercice sont extrêmement précieux, mais il faut relativiser. Nous devons faire attention de ne pas induire les gens en erreur ni leur donner de faux espoirs. »

Il a observé mon expression un peu choquée puis il a continué.

« Je ne pourrais jamais dire cela ouvertement mais il m’apparaît comme assez clair que le plus grand et unique facteur, déterminant vos risques d’avoir ou non une crise cardiaque, est un facteur génétique. Nous ne pouvons pas encore le prouver mais avec les progrès de la médecine, je crois que cela deviendra de plus en plus une évidence. »

Quelques 30 années plus tard, on ne peut que constater à quel point il avait raison. Il se passe rarement une semaine sans qu’un nouveau rapport ne sorte, expliquant la façon dont les scientifiques ont pu identifier un défaut dans la complexité de notre ADN et les maladies que cela risque d’engendrer. Ils arrivent même à savoir quel gène détermine la jeunesse de notre apparence à mesure que nous vieillissons.

J’imagine que ce n’est qu’une question de temps avant que nous puissions comprendre et analyser pourquoi certaines personnes menant une vie saine développent un cancer ou une maladie cardiaque alors que d’autres, fumeurs invétérés et amateurs de kebabs, y échappent.

Comme je l’ai déjà dit, je considère les reproches comme un sentiment humain vraiment inutile, mais si vous voulez absolument trouver un responsable à mon cancer, vous devriez probablement chercher du côté de mes parents, de leurs propres parents et des générations précédentes (ou du moins dans la configuration d’une infime partie de leurs gènes).

Et je devrais probablement m’excuser à l’avance auprès de mes enfants, mes petits-enfants et mes arrière petits-enfants.

Tout cela soulève tout un tas de questions problématiques, notamment sur le libre-arbitre et le déterminisme, que je n’ai pas pour ambition de développer maintenant.

Mais je voudrais quand même faire une remarque. Il est certes extrêmement tentant de vouer au diable toute votre ascendance génétique mais personnellement, je m’en garderai bien.

Je suis heureux et fier d’avoir hérité de mes parents leur intelligence ; l’extraordinaire volonté de ma mère ; la bonne humeur et la générosité de mon père (et, je crois, un certain don de plume).

Comme les êtres humains, les génomes se présentent tout d’un bloc (du moins pour l’instant).

Je ne suis pas religieux, mais j’aime le message derrière la dénommée « prière de la sérénité » attribuée au théologien américain Reinhold Niebuhr :

« Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses sur lesquelles j’ai un pouvoir, et la sagesse de connaître la différence entre les deux. »

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Une réflexion sur “Une histoire de famille…

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