Jeudi 28 avril Séance n°25 (plus que 8)

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Je suis toujours fatigué mais j’ai repris la course. J’ai aussi relevé la tête.

Merci pour les nombreux messages de soutien – cela m’a vraiment aidé. Aujourd’hui, je me suis senti beaucoup mieux.

J’ai passé un cap et je peux à présent voir au loin la ligne d’arrivée. Mon moral commence à remonter.

Le radiologue m’a averti ce soir que la fatigue est susceptible de connaître un pic, une ou deux semaines après la fin du traitement.

« Mais ça ira, » a-t-il dit: « Vous tenez bien le choc. »

Enfin des paroles douces à mon oreille. Mon moral est encore monté d’un cran.

C’est étrange, mais je pense qu’instinctivement, on sait quand on a touché le fond. Cela m’est déjà arrivé.

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Voilà ce que j’avais écrit peu de temps après la prostatectomie que j’ai subie le lundi 19 janvier 2015 :

C’est bizarre comme on peut prendre conscience que l’on a touché le fond.

Pour moi, ce fut le mardi soir – le jour suivant l’opération.

Au cours de la journée, j’avais fait deux tentatives infructueuses pour me lever et essayer de marcher. A deux reprises, le simple fait de me mettre debout avait déclenché ce qu’on appelle, je crois, un malaise vagal. En termes néophytes, cela signifie que vous êtes pris de sueurs froides et que vous vous sentez sur le point de défaillir.

Je me suis senti nul.

L’effet des analgésiques post-opératoires s’était estompé. J’ai commencé à ressentir la douleur et à m’apitoyer sur mon triste sort.

Ensuite, j’ai commencé à paniquer à l’idée que quelque chose clochait peut-être. Chaque fois que les infirmières me regardaient, elles avaient tendance à froncer légèrement les sourcils. Lorsque le chirurgien est entré, en tenue de salle d’op, et qu’il a passé un certain temps à ausculter mon pouls, j’ai compris qu’elles avaient été suffisamment inquiètes pour appeler le grand patron. « Reposez-vous et on verra comment vous vous sentez dans la matinée, » fut son diagnostique.

Je restai sur mon lit à flotter dans les limbes.

Puis le dîner est arrivé. Comme on l’avait plus ou moins prévu, j’ai initié le laborieux processus de me lever pour prendre mon dîner assis dans un fauteuil à côté de mon lit. Alors que j’avançai péniblement jusqu’au dit fauteuil, ma compagne a couvert mes épaules avec ma robe de chambre, le froid se faisant étonnamment sentir dans cette chambre d’hôpital.

Et j’eus soudain une vision de moi-même, comme si je m’observais d’en haut. Décomposé, clopinant et pathétique.

Je parvins à m’abaisser jusqu’au fauteuil. Je tripatouillai mon dîner, en essayant de manger quelque chose. J’avais l’impression d’avoir au moins 90 ans. Et finalement je n’ai plus rien réussi à contrôler. Je me suis mis à pleurer. Tout mon corps était secoué de sanglots de désespoir.

Marée basse. Le vide. L’épuisement…

C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à aller mieux. Les gentilles paroles d’encouragement de ma douce compagne et ses gestes tendres m’ont permis de remonter la pente.

Et, de toute façon, je savais que j’avais franchi un cap.

C’est toujours juste avant l’aube qu’il fait le plus froid et le plus sombre. Mais le soleil finit toujours par se lever.

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3 réflexions sur “Marée basse

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