Jeudi 21 avril  Quartier libre

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Fluctuat2
* Devise de la ville de Paris depuis le Moyen-Age pour montrer le caractère invincible de la ville : « Il est battu par les flots mais ne sombre pas. »

Une petite pause pour rompre avec le quotidien aujourd’hui – pas de traitement car c’est un jour de repos. Alors le blog d’aujourd’hui est rédigé par ma compagne française qui me suit, étape par étape, dans ce voyage jusqu’au bout des rayons.

Mais que diable allait-il faire dans cette galère !

Quand on a commencé à parler de radiothérapie, cela m’a fait peur. Non pas pour moi, mais pour l’homme de ma vie que l’on allait soumettre à une nouvelle épreuve.
Mais ce voyage, nous allions le faire ensemble. Nous avons l’habitude de tout partager et comme il est malheureusement évident que je ne peux pas m’adjuger la moitié de ses cellules cancéreuses, la seule chose que je puisse vraiment faire, c’est de marcher à ses côtés et de l’accompagner dans cet univers aux antipodes du romantisme !

C’est un peu déprimant d’assister au va et vient des malades, à pied, en fauteuil, ou même en lit. Et le plus dur, ce sont les petits enfants. J’admire les parents qui semblent toujours gais et pleins d’entrain pour donner le change à leurs petits bouts de chou.

Dès le début, la route des rayons m’a fait penser à un immense paquebot dont on traverserait les coursives pour se rendre jusqu’à la salle des machines. On y croise une foule éphémère tout à fait hétéroclite, entre le personnel médical et les patients, aux âges et aux métiers les plus divers. Une succession de silhouettes et de visages inconnus. Parfois, on a la chance d’en reconnaître un et l’on se sent rassuré. On cesse pour un temps d’être seuls dans cette foule anonyme.

Lors de la première session, j’ai trouvé l’endroit vraiment effrayant, surtout quand retentit cette sonnerie stridente comme pour indiquer qu’il faut quitter le navire et que l’on voit alors tout l’équipage se ruer en dehors de la salle de traitement.

Et là, je n’ai pu m’empêcher d’avoir envie de crier : « Mais attendez, il en reste un ! Vous en avez oublié un. Vous ne pouvez pas partir comme ça ! » J’avoue que la tentation était grande d’aller le chercher pour l’arracher de sa table et de ses machines et sauter ensuite avec lui dans un canot de sauvetage pour rejoindre la terre ferme.

Mais qu’allait-il donc faire dans cette galère !

Tout ceci semble tellement injuste.
Mais à y bien réfléchir, ce n’est pas le navire qui est en perdition. J’espère que c’est le cancer ! Nous sommes là pour Titaniquer le cancer, pour l’atomiser…

Nous voulons plus que tout voir ce monstre heurter un iceberg et sombrer dans les profondeurs insondables.
L’équipage fait tout son possible.
Nous ne sommes que des passagers de deuxième classe.
Le Capitaine nous a prévenus. C’est un voyage de longue haleine, il y aura des hauts et des bas.

On sait déjà qu’il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde mais on peut toujours essayer de s’y embarquer. Nous devrons laisser les compagnons de route fraîchement rencontrés, sans savoir s’ils ont réussi à s’en sortir mais en l’espérant très fort. La mer sera glacée et sombre et le sauvetage demandera certains efforts mais cela vaut la peine de prendre quelques risques.

Au moins, nous avons tous un gilet de sauvetage. Il ne reste plus qu’à se mettre à l’eau, en bateau ou à la nage et avancer sans se retourner vers la guérison.

Lorsque nous commencerons à voir la terre de salut, au loin, nous saurons que nous sommes sauvés.

Bien sûr qu’il flotte notre canot de sauvetage. Il a beau être battu par les flots, on ne le laissera jamais couler ! Je suis prête à prendre mon quart, mon demi et mon tout, à écoper s’il le faut, à braver les vagues déchaînées…

Mais si je dois me noyer, ce ne sera certainement pas dans l’océan mais uniquement dans le bleu des yeux de mon amoureux !

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Une réflexion sur “Fluctuat nec mergitur *

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