Lundi 18 avril Séance n°18 (plus que 15)

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Une des caractéristiques de ce monde sens dessus dessous qu’est le pays des rayons, c’est que l’on peut croire en sa chance l’espace d’un instant et être voué à la malédiction l’instant d’après ; inspirez, vous avez le vent en poupe – expirez, vous êtes en train de couler à pic !

Aujourd’hui, en vue de mon traitement, je me suis allongé sur la table spéciale en fibre de carbone – je remercie au passage pour le don la famille de Hilda Manches (C’est son vrai nom).

Deux radiologues hautement qualifiés et parfaitement compétents étaient à l’œuvre de chaque côté de la table. L’un d’eux a appuyé sur un bouton et la table s’est mise à m’élever dans les airs jusqu’à l’œil implacable de Schwarzy.

« Mince alors, » ai-je dit, « J’ai l’impression d’être un avion de chasse que l’on hisse sur le pont d’un porte-avions. » Cela a fait rire la radiologue.

Mais c’était la pure vérité. Pendant un moment, j’ai imaginé être une pièce de matériel très coûteux, préparée pour être ajustée par une équipe d’ingénieurs et de techniciens qualifiés.

Je me suis senti incroyablement chanceux et privilégié qu’une telle machinerie de luxe soit déployée pour mon cas et que tant de médecins, radiologues, spécialistes pathologistes, ainsi que personnel de laboratoire et infirmières, tous qualifiés et expérimentés, fassent tout leur possible pour me débarrasser de cette connerie de cancer absurde.

Ensuite les radiologues ont baissé les lumières pour commencer à aligner mes petits tatouages avec les faisceaux de laser vert.

C’est un geste routinier assez étrange. Parfois, ils vont vous demander de vous repositionner mais, la plupart du temps, ils veulent juste que vous restiez allongé.

Avec habileté, ils pressent et pétrissent votre chair jusqu’à ce que soyez parfaitement positionné.

« Et là, je me sens comme de la pâte à pain ! »

«C’est ce qu’on appelle une descente rapide – passer de l’avion de chasse à un morceau de pâte ! » commenta la radiologue.

Nous sommes alors partis à rire tous les trois, le genre de rire de satisfaction qui entérine des propos tellement tristes de vérité que la seule chose qu’on puisse faire, c’est d’en rire – ou d’en pleurer.

Mais sur le moment, j’ai éprouvé tout à coup la sensation que je déteste le plus au monde ; celle de me sentir impuissant, passif, docile.

J’ai soudain ressenti tout le poids de cette incroyable malchance et de cette malédiction qui ont permis au cancer de me prendre dans ses méandres glaciales – à deux reprises. Je me suis senti floué par le fait que le retrait de ma prostate n’ait pas réussi à empêcher ces saloperies de cellules cancéreuses de se multiplier.

Bienvenue sur la route des rayons où le vent peut tourner en une fraction de seconde. Si vous n’y prenez pas garde, il peut s’engouffrer dans vos voiles et briser net votre mât.

J’ai tourné le gouvernail à fond et j’ai refoulé les pensées négatives. De toutes mes forces.

Les voiles se sont alors à nouveau gonflées comme il se doit.

Séance N°18, le 18ème jour du mois ? Hé hé ! Je devrais peut-être m’arrêter pour acheter un billet de loterie en rentrant à la maison. Après tout, je suis un sacré veinard !

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Une réflexion sur “Des hauts et des bas…

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