Vendredi 15 avril Séance n°17

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Simon Equator 1983Donc, nous y voilà – nous sommes à mi-parcours.

Je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais, mais j’avais espéré quelque chose de spécial pour marquer le coup. Peut-être un poteau ou un panneau – comme celui qui se trouve à l’équateur.

Mais en fait, il n’y a rien ici. Juste le même paysage plat de sable et de ciel à perte de vue. (Le seul moyen de savoir dans quelle direction aller, c’est de suivre les traces de ceux qui vous ont précédé sur le chemin – j’espère que je laisse une belle série d’empreintes bien nettes pour ceux qui viendront après moi.)

Peu importe, il est temps d’ôter les chaussures de marche, de poser le petit sac noir et de faire le point.

Nous avons parcouru un long, très long chemin. Les premiers jours d’angoisse ne sont désormais plus qu’un lointain souvenir. Cet étrange paysage manque peut-être un peu de relief, mais il m’a offert des choses extraordinaires à voir et à raconter.

Les sourires de la mère et de son enfant, passant devant moi pour aller dans la salle de traitement, resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Je regarde toujours ces masques sur le mur et je mesure ma chance.

Et je suis toujours à l’affût d’un jour de ciel bleu.

Des petits signes laissent entrevoir que l’horizon n’est peut-être pas la ligne d’arrivée, mais en tous cas, on s’en rapproche.

Alex (le nom a été changé), un compagnon de voyage sympathique sur la route des rayons, légèrement en avance sur moi, compte maintenant à rebours plutôt que de manière ascendante. Je pense que je vais commencer à faire la même chose – plus que 16 !

Il fallait aussi que je renouvelle mon stock de lavements « Relaxit » cette semaine. J’en ai maintenant suffisamment pour aller jusqu’au terme du voyage.

Et pourtant, pourtant ….

Encore trois semaines et demi devant moi. Aujourd’hui, je me sens fatigué – une étrange fatigue, que je n’ai jamais ressentie auparavant. Ce n’est pas une fatigue physique, ni un manque de sommeil. C’est plus la curieuse sensation d’être cloué au sol.

J’espère que c’est juste la fatigue habituelle du vendredi, avec un trait supplémentaire de rayons (avec des glaçons mais sans paille !).

Et mes pieds me font un peu mal. Non, pas vraiment – ce n’est qu’une autre métaphore laborieuse. Mais mes intestins commencent à ronchonner comme une vieille tuyauterie à l’intérieur d’une pension délabrée du bord de mer.

Je n’ai jamais couru de marathon mais il paraît qu’il arrive un moment où vous savez que vous avez déjà parcouru une longue distance même si vous êtes encore assez loin de l’arrivée et tout ce qu’il vous reste à faire, c’est de bouffer du kilomètre. Ce n’est pas quelque chose de physique comme une crise d’hypoglycémie, c’est plus un défi intellectuel.

Mais pour l’instant, on peut rester ici et se reposer pendant quelques jours. Quand lundi pointera son nez, il sera temps de rechausser les chaussures de marche et de reprendre la route.

Si vous me voyez passer, faites-moi un signe et je vous retrouverai à l’arrivée.

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Une réflexion sur “On franchit l’équateur

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