La politique de l’autruche ?

La politique de l’autruche ?

Vendredi 29 avril Séance n°26 (plus que 7)

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Il y a une nouvelle campagne de publicité qui passe en ce moment au Royaume-Uni pour essayer de sensibiliser les hommes sur le risque de cancer de la prostate.

Je ne suis pas super fan du spot, mais l’essentiel du message passe quand même.

Faire semblant d’ignorer le risque de cancer de la prostate ne le fera pas disparaître et cela pourrait même rendre les choses pire, bien pire.

Je comprends que cela puisse sembler assez « gonflé » venant de quelqu’un qui vient juste de terminer une semaine de radiothérapie particulièrement éprouvante.

N’aurait-il pas été préférable de laisser faire les choses et d’éviter ce traitement de cheval ?

La réponse est « Non » – avec un gros N majuscule.

La fatigue physique et psychologique que j’ai éprouvée cette semaine (et vous serez heureux d’apprendre que je la gère à présent beaucoup mieux) n’est vraiment rien à côté de ce qui aurait pu m’arriver si je n’avais pas fait de test, ni subi de traitement.

Laissez-moi vous expliquer cela un peu plus en détail – ne zappez pas, je vais tâcher de faire aussi court que possible.

Les cancers de la prostate sont classés en 4 stades (plus d’infos ici et les informations détaillées – en anglais)

Environ 90% des hommes diagnostiqués à un stade 1 ou 2 ont une espérance de vie d’au moins cinq ans et 65 à 90% d’entre eux vivront au moins 10 ans de plus.

(J’ai été diagnostiqué à 55 ans avec un cancer de la prostate de stade 2)

Si vous êtes diagnostiqué avec un cancer de stade 3, vous avez 70 à 80% d’espérance de vie au-delà de cinq ans.

Si vous êtes diagnostiqué lorsque votre cancer a atteint le stade 4, vous n’avez plus que 30% de chance de survivre au moins cinq ans.

Je suppose que vous voyez où je veux en venir !

C’est comme pour tous les cancers – plus vous attendez, plus le mal progresse et moindres sont les chances de pouvoir vous soigner.

Il est choquant de constater que 20 à 30% des cas ne sont pas diagnostiqués avant d’avoir atteint le stade 4.

Maintenant, oublions un peu les statistiques. Grâce à ce blog, j’ai pu faire connaissance en ligne avec un certain nombre d’hommes atteints du cancer de la prostate. Certaines de leurs histoires sont déchirantes. Le cancer de stade 4 n’est pas guérissable. A ce stade, tout ce que les médecins peuvent faire, c’est gagner du temps, mais pas plus.

Alors, écoutez-moi, même si vous ne présentez aucun symptôme (ce qui fut mon cas), demandez à votre médecin de vous prescrire une prise de sang pour un test PSA, en particulier si :

  • vous avez plus de 50 ans
  • vous êtes un homme de couleur
  • votre père ou votre frère a eu un cancer de la prostate
  • votre mère a eu un cancer du sein.

Et s’il y a un historique de cas de cancer de la prostate dans votre famille (c’est le cas de la mienne), vous devriez penser à faire ce test bien avant d’avoir 50 ans.

Je vous souhaite un bon week-end de trois jours. (NDT: en Angleterre, c’est le lundi 2 mai qui est férié !) Allez faire un parcours de golf avec vos amis (ou n’importe quelle autre activité qui vous branche) et puis la semaine prochaine, si vous êtes concernés par l’une de ces catégories, prenez rendez-vous avec votre médecin pour en parler.

Et moi ? Et bien, moi, je vais au cinéma.

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Marée basse

Marée basse

Jeudi 28 avril Séance n°25 (plus que 8)

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Je suis toujours fatigué mais j’ai repris la course. J’ai aussi relevé la tête.

Merci pour les nombreux messages de soutien – cela m’a vraiment aidé. Aujourd’hui, je me suis senti beaucoup mieux.

J’ai passé un cap et je peux à présent voir au loin la ligne d’arrivée. Mon moral commence à remonter.

Le radiologue m’a averti ce soir que la fatigue est susceptible de connaître un pic, une ou deux semaines après la fin du traitement.

« Mais ça ira, » a-t-il dit: « Vous tenez bien le choc. »

Enfin des paroles douces à mon oreille. Mon moral est encore monté d’un cran.

C’est étrange, mais je pense qu’instinctivement, on sait quand on a touché le fond. Cela m’est déjà arrivé.

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Voilà ce que j’avais écrit peu de temps après la prostatectomie que j’ai subie le lundi 19 janvier 2015 :

C’est bizarre comme on peut prendre conscience que l’on a touché le fond.

Pour moi, ce fut le mardi soir – le jour suivant l’opération.

Au cours de la journée, j’avais fait deux tentatives infructueuses pour me lever et essayer de marcher. A deux reprises, le simple fait de me mettre debout avait déclenché ce qu’on appelle, je crois, un malaise vagal. En termes néophytes, cela signifie que vous êtes pris de sueurs froides et que vous vous sentez sur le point de défaillir.

Je me suis senti nul.

L’effet des analgésiques post-opératoires s’était estompé. J’ai commencé à ressentir la douleur et à m’apitoyer sur mon triste sort.

Ensuite, j’ai commencé à paniquer à l’idée que quelque chose clochait peut-être. Chaque fois que les infirmières me regardaient, elles avaient tendance à froncer légèrement les sourcils. Lorsque le chirurgien est entré, en tenue de salle d’op, et qu’il a passé un certain temps à ausculter mon pouls, j’ai compris qu’elles avaient été suffisamment inquiètes pour appeler le grand patron. « Reposez-vous et on verra comment vous vous sentez dans la matinée, » fut son diagnostique.

Je restai sur mon lit à flotter dans les limbes.

Puis le dîner est arrivé. Comme on l’avait plus ou moins prévu, j’ai initié le laborieux processus de me lever pour prendre mon dîner assis dans un fauteuil à côté de mon lit. Alors que j’avançai péniblement jusqu’au dit fauteuil, ma compagne a couvert mes épaules avec ma robe de chambre, le froid se faisant étonnamment sentir dans cette chambre d’hôpital.

Et j’eus soudain une vision de moi-même, comme si je m’observais d’en haut. Décomposé, clopinant et pathétique.

Je parvins à m’abaisser jusqu’au fauteuil. Je tripatouillai mon dîner, en essayant de manger quelque chose. J’avais l’impression d’avoir au moins 90 ans. Et finalement je n’ai plus rien réussi à contrôler. Je me suis mis à pleurer. Tout mon corps était secoué de sanglots de désespoir.

Marée basse. Le vide. L’épuisement…

C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à aller mieux. Les gentilles paroles d’encouragement de ma douce compagne et ses gestes tendres m’ont permis de remonter la pente.

Et, de toute façon, je savais que j’avais franchi un cap.

C’est toujours juste avant l’aube qu’il fait le plus froid et le plus sombre. Mais le soleil finit toujours par se lever.

Un peu trop d’imagination…

Un peu trop d’imagination…

Mercredi 27 avril Séance n°24 (plus que 9)

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J’ai bien peur de m’être pris le mur, comme disent les marathoniens.

Mes réserves sont vides, je commence à courber la tête et j’ai dû ralentir le pas pour passer à une allure de marche.

Je me force à me rappeler qu’il faut continuer à compter. Regarde donc les chiffres ! Tu es maintenant passé à un seul ! Plus que 9 ! Allez, vas-y, encore un petit effort !

Mais ça ne marche pas, pas aujourd’hui.

Cette sensation de fatigue permanente me cloue au sol. Quand on se réveille après un long et profond sommeil et que l’on se sent toujours épuisé, la seule perspective de devoir affronter la journée paraît insurmontable.

Je me bats pour ne pas baisser ma garde – pour maintenir des défenses solides. Mais le cancer se débrouille quand même pour placer quelques coups de poing.

Dans ma vie professionnelle, je suis payé pour imaginer des choses. En tant que producteur de documentaires, vous devez imaginer des histoires, réfléchir à la façon dont vous allez les développer et les réaliser, puis comment en assurer la production. Dans ma situation actuelle, cela s’avère être une véritable calamité.

Chaque jour, il vous faut faire un effort conscient pour ne pas suivre les sinistres scénarios tapis au détour de votre imagination et vous devez résister au réflexe d’en mettre au point les détails, de laisser se dérouler les différentes scènes dans votre tête.

Sinon, sans vous en rendre compte, vous risquez de vous retrouver dans les ténèbres et de vous y perdre.

Mais cette satanée fatigue rend la tâche plus difficile que d’habitude.

Vous essayez bien sûr de réagir – les statistiques ne sont que des statistiques, vous êtes en forme et majoritairement en bonne santé, et donc prêt pour le combat. Mais c’est là que les voix sinistres vous soufflent qu’il faut arrêter de bercer vos illusions et regarder la vérité en face. Alors vous les repoussez à nouveau, en vous répétant le mantra préconisé par vos proches et vos amis : il faut garder l’esprit positif, il faut rester fort.

Mais ça vous pèse. Ça vous détruit à petit feu. C’est une telle dépense d’énergie psychique et émotionnelle pour garder les idées noires à distance que de temps à autre, cela vous submerge.

Recroquevillé en position fœtale dans les affres de la nuit noire, vous êtes là, à geindre et à gémir, tandis que le cancer vous prend à la gorge et vous retourne les tripes, encore et encore.

Le côté pervers des choses, c’est que cela paraît quelque part plus facile de rester là, roulé en boule, et de se laisser aller à son chagrin, à la colère et de s’apitoyer sur son propre sort.

Et puis cela finit par passer. Les tendres caresses de votre compagne, ses mots d’amour, vous aident à trouver le sommeil. Épuisé, le corps rend les armes et vous plongez dans l’abandon bienheureux du sommeil.

Et puis le soleil se lève et c’est un nouveau jour. Et là vous savez bien ce que vous avez à faire, ce que vous devez faire.

Vous devez revenir vers la lumière. Vous avez besoin de vous imprégner de sa force et de son énergie.

Tel un voyageur de l’espace à la dérive vous vous cramponnez à votre cordon de sécurité et vous finissez par arriver à vous raccrocher à la poignée.

Vous devez vous obliger à ramener votre imagination vers des sentiers plus positifs.

D’autres ont réussi avant vous. La radiothérapie va fonctionner. Les cellules cancéreuses vont finir par être anéanties et elles mourront.

Et peut-être bien que les autres cellules vont souffrir au passage, mais elles sont plus vigoureuses – elles peuvent réparer leur propre ADN pour effacer les dommages infligés par les rayons X.

Vous allez vous reconstruire et retrouver la vie que vous aimez, les gens que vous aimez.

Il faut garder à l’esprit que vous allez vous en sortir.

Vous devez vous tourner vers un avenir prometteur et juste continuer à avancer, même au ralenti, vers le soleil levant.

Gaz hilarant

Gaz hilarant

Mardi 26 avril Séance n°23 (plus que 10)

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Fart Zone
ATTENTION ! Zone de pets Entrez à vos risques et périls

Quand les amis me demandent comment les choses se passent, je réponds généralement que je pète la forme, merci (!), à part un peu de fatigue et mes entrailles qui gargouillent.

Ce n’est pas tout à fait la vérité.

Pour décrire les choses de façon un peu plus précise, on pourrait dire que je suis en proie à des flatulences assez pharamineuses.

Ou comme on dit dans la langue de chez nous – je pète beaucoup.

Arrêtez de ricaner, vous là-bas derrière, je vous vois !

Pourquoi un simple prout provoque-t-il un tel effet comique, à s’en faire péter les côtes ?

Ah, vous, vous ne trouvez pas ça drôle ? Vous êtes au-dessus de ce genre d’humour vulgaire et infantile, bien sûr ! En êtes-vous vraiment si sûrs que cela ?

La raison pour laquelle les pets donnent lieu à ces évocations, profondément stupides mais extrêmement comiques, est certainement assez édifiante pour tous ceux qui sont cloués au pilori par le cancer de la prostate.

Je crois qu’en fait nous utilisons le comique des pets comme système de défense contre la perte de dignité instantanée qu’ils représentent.

Il n’y a rien de pire que de lâcher un vent de façon soudaine, violente et bruyante pour voir remise en question notre illusion permanente de contrôle sur nous-mêmes et sur notre vie.

C’est en fait une découverte terriblement choquante et embarrassante ; mais quelle que soit notre façon de tourner les choses, nous sommes tous faits de sang et d’os, de fluides et de gaz. N’en déplaise aux pisse-vinaigres !

Et quand il arrive quelque chose d’aussi inconvenant, vous avez le choix d’en rire, ou bien d’en pleurer.

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, personnellement, je préfère en rire.

La vie d’un patient atteint d’un cancer de la prostate (ou même, en fait, de toute personne atteinte d’une maladie grave) englobe une certaine dose d’humiliation : on vous pose des cathéters, on vous administre des lavements, on vous fait déshabiller et des gens que ne vous ne connaissez même pas s’autorisent à mettre le doigt dans votre derrière.

La meilleure arme et la plus sûre face à une telle aggression c’est de rire et d’en faire une plaisanterie.

Je me souviens de la période juste après ma prostatectomie, quand j’avais encore un cathéter relié à ce que l’on qualifie poétiquement de poche de nuit, posée à côté du lit. Comme sortir du lit relevait encore d’une véritable aventure, tous les matins, ma compagne, toujours prévenante, détachait la poche en question et l’emportait dans la salle de bains. C’est devenu une blague à répétition que je lui balançai chaque jour :

« Alors, c’est dans la poche ? »*

Riez et le monde rira avec vous – pleurez et vous pleurerez seul.

FartSmartNew

*NDT: Toutes mes excuses pour avoir clairement sous-traduit l’une des expressions anglaises les plus raffinées mais pour rester dans le ton, je pourrais quand même finir en disant qu’en Angleterre, il pleut comme vache qui pisse !

A l’heure du marathon

A l’heure du marathon

Lundi 25 avril Session n°22

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DadFinal - 1Nous voici donc au début de la sixième semaine de traitement. C’est la dernière ligne droite avant l’arrivée. 5 séances cette semaine, puis quelques petits rebondissements et nous y serons (seulement 4 séances la semaine prochaine à cause de May Day qui est férié, puis une dernière salve de 3 la semaine suivante).

Lady runner

Si vous n’avez jamais eu l’occasion d’assister au marathon de Londres, essayez d’y aller l’année prochaine. C’est un spectacle des plus glorieux; c’est à la fois un événement sportif, une animation de carnaval et une croisade collective.

J’avais choisi un emplacement au kilomètre 29. Il est impossible de ne pas être ému à la vue de tous ces coureurs qui se surpassent dans un effort personnel tellement intense.

Certains allongent leurs foulées harmonieusement et passent la tête haute, au mieux de leur forme.

D’autres souffrent clairement mais trouvent quand même la force de continuer ; leurs jambes sont soumises à rude épreuve, mais leur esprit ne faiblit pas ; la foule les porte et les transporte, kilomètre après kilomètre.

Carried along

Et puis certains ont déjà sombré dans la douleur. Leurs têtes sont penchées vers le sol. Ils n’entendent probablement presque pas la foule (même s’ils n’ont pas d’écouteurs).

Mais cependant ils continuent, forçant sur leurs jambes de plomb à l’agonie ou ignorant la douleur d’un genou qui grince, chaque fois que le pied frappe le bitume.

Par instinct, la foule s’efforce d’aider ceux qui luttent. Je conseillerais à toute personne courant le marathon de bien mettre son nom en évidence sur le devant de son maillot. Si votre nom est visible et que la foule perçoit que vous êtes un peu au creux de la vague, elle criera votre nom pour vous prodiguer quelques encouragements.  » Allez Keith, continue comme ça, c’est super ! » « Va-y Julie, tiens bon, tu va y arriver ! »

Supporters

C’est une connexion fugitive d’une extraordinaire intensité. Si vous obtenez un signe de la tête ou de la main en réponse, ou si voyez-vous un coureur lever les yeux de la route, même si cela ne dure que l’espace d’un instant, vous savez que vous n’êtes pas venu ici pour rien.

MikeQuand on est posté là, on ne peut s’empêcher d’imaginer la trame de toutes les histoires cachées qui se déroulent devant nous. Pourquoi ce jeune homme a-t-il choisi de courir pour son Papa sous les couleurs de Prostate Cancer UK ? (NDT: Organisation caritative pour le cancer de la prostate au Royaume-Uni)

Dom for Dad - 1

On réalise à coup sûr l’ampleur de l’impact de cette maudite maladie quand on voit tant de gens courir pour des organismes liés au cancer.

J’ai mis un point d’honneur à essayer d’adresser un encouragement personnel à chaque participant courant au titre d’une organisation caritative pour le cancer de la prostate. C’est mon équipe après tout !

Si vous avez envie de courir le marathon pour Prostate Cancer UK l’année prochaine, vous trouverez plus d’informations ici.

Medallists

Mais quelle que soit votre affiliation individuelle, il y a une équipe que je vous encourage à soutenir.

Si nous nous proclamons tous des survivants du cancer, alors le cancer n’aura jamais raison de nous.

Même si le cancer venait à cueillir l’un d’entre nous, il y aura aussitôt 2 ou 3 ou 4 survivants du cancer prêts à s’avancer pour combler le vide dans nos rangs.

Comme Spartacus, ils proclameront d’un air de défi : « Je suis un survivant du cancer. »

Nous allons écraser le cancer. Avec des encouragements et un signe de la main, et peut-être même avec un costume idiot, nous en viendrons à bout.

MrProstate

Des bonnes et des mauvaises nouvelles…

Des bonnes et des mauvaises nouvelles…

Vendredi 22 avril Séance n°21 (plus que 12)

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On pourrait dire que cette semaine a été à la fois la meilleure et la pire des semaines.

Commençons par les mauvaises nouvelles.

La mort prématurée de Victoria Wood à l’âge de 62 ans (62 ! – peut-on seulement imaginer toutes les comédies, pièces de théâtre, chansons, tous les sketches, tous les rôles qu’elle aurait pu encore jouer pour nous), sa mort fut l’un de ces événements qui déclenchent une onde de choc et de consternation collective. (NDT: Victoria Wood était une artiste aux multiples talents, très connue et très aimée du public britannique.)

En règle générale, cela ne se produit heureusement pas très souvent. Mais cette année, ce fut une réelle hécatombe. David Bowie (69 ans), Alan Rickman (69 ans), Sir Terry Wogan (77 ans), Victoria Wood et maintenant Prince (57 ans).

Avant l’avènement des réseaux sociaux en ligne, c’était le genre de nouvelles choc que l’on se devait d’annoncer à d’autres. « Tu as entendu la dernière ? »

A présent que nous avons les réseaux sociaux, nous pouvons constater par nous-mêmes les véritables vagues d’émotion qui submergent les pages Facebook de nos amis et les comptes Twitter que nous suivons.

C’est le genre d’histoire qui risque de donner des cheveux blancs aux journalistes de l’information, notamment à ceux des journaux télévisés.

Chaque jour il faut mettre une actu en avant – Elle doit primer sur toutes les autres.

Les journaux télévisés ne peuvent pas tricher comme le font les journaux papier ou les sites Web, en plaçant plusieurs histoires à la une ou sur la page d’accueil, en les dispatchant de façon uniforme ou avec de subtiles nuances de hiérarchie.

Dans un monde plein d’événements dramatiques, comment peut-on décider que la mort d’un artiste doit prévaloir sur les sujets graves de notre planète ?

Il est notoire que les valeurs de l’information sont assez floues, mais en tant que jeune journaliste, j’ai appris que les vraies nouvelles sont celles que les gens partagent les uns avec les autres, en discutant. « Tu as entendu la dernière ? »

Or il se trouve que les nouvelles sont également censées être une sorte de brouillon de l’histoire, une fenêtre ouverte sur le monde, s’érigeant en redresseur de torts, en pilier essentiel de la démocratie – ce que quelqu’un, quelque part voudrait supprimer.

Il ne m’appartient pas de porter de jugement définitif, mais par rapport à l’argent de mon abonnement, la fonction majeure que j’attends des nouvelles, c’est d’exprimer et de partager l’expérience collective. Si ce n’est pas le cas, la connexion avec le public se perd dans la nuit des temps. Les nouvelles commencent alors à se flétrir et finissent par expirer.

Et les bonnes nouvelles dans tout ça ?

L’un de mes amis vient d’avoir une jolie petite fille, tous les étudiants de ma compagne ont brillamment réussi leurs examens d’anglais, le soleil a largement brillé cette semaine, les thyrses commencent à se dresser sur le marronnier d’Inde devant lequel je passe chaque jour et nous sommes le 22 avril.

Cela signifie que cela fait exactement un mois que nous avons commencé ce voyage au pays des rayons. Et nous progressons sans trop d’encombres (sourire) ! Un peu fatigué certes, quelques ronchonnements dans la tuyauterie, mais rien de bien grave.

Pour continuer dans les bonnes nouvelles – les versions anglaise et française de ce blog ont maintenant été vues plus de 1500 fois.

Mille mercis pour votre intérêt et votre soutien. Si vous êtes vous-mêmes en plein « voyage », de quelque nature qu’il soit, j’espère que cela pourra vous aider.

Je vous souhaite un excellent week-end. Si vous courez pour le marathon de Londres, nous vous ferons un coucou au moment où vous passerez devant nous et rendez-vous à l’arrivée.

Fluctuat nec mergitur *

Fluctuat nec mergitur *

Jeudi 21 avril  Quartier libre

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Fluctuat2
* Devise de la ville de Paris depuis le Moyen-Age pour montrer le caractère invincible de la ville : « Il est battu par les flots mais ne sombre pas. »

Une petite pause pour rompre avec le quotidien aujourd’hui – pas de traitement car c’est un jour de repos. Alors le blog d’aujourd’hui est rédigé par ma compagne française qui me suit, étape par étape, dans ce voyage jusqu’au bout des rayons.

Mais que diable allait-il faire dans cette galère !

Quand on a commencé à parler de radiothérapie, cela m’a fait peur. Non pas pour moi, mais pour l’homme de ma vie que l’on allait soumettre à une nouvelle épreuve.
Mais ce voyage, nous allions le faire ensemble. Nous avons l’habitude de tout partager et comme il est malheureusement évident que je ne peux pas m’adjuger la moitié de ses cellules cancéreuses, la seule chose que je puisse vraiment faire, c’est de marcher à ses côtés et de l’accompagner dans cet univers aux antipodes du romantisme !

C’est un peu déprimant d’assister au va et vient des malades, à pied, en fauteuil, ou même en lit. Et le plus dur, ce sont les petits enfants. J’admire les parents qui semblent toujours gais et pleins d’entrain pour donner le change à leurs petits bouts de chou.

Dès le début, la route des rayons m’a fait penser à un immense paquebot dont on traverserait les coursives pour se rendre jusqu’à la salle des machines. On y croise une foule éphémère tout à fait hétéroclite, entre le personnel médical et les patients, aux âges et aux métiers les plus divers. Une succession de silhouettes et de visages inconnus. Parfois, on a la chance d’en reconnaître un et l’on se sent rassuré. On cesse pour un temps d’être seuls dans cette foule anonyme.

Lors de la première session, j’ai trouvé l’endroit vraiment effrayant, surtout quand retentit cette sonnerie stridente comme pour indiquer qu’il faut quitter le navire et que l’on voit alors tout l’équipage se ruer en dehors de la salle de traitement.

Et là, je n’ai pu m’empêcher d’avoir envie de crier : « Mais attendez, il en reste un ! Vous en avez oublié un. Vous ne pouvez pas partir comme ça ! » J’avoue que la tentation était grande d’aller le chercher pour l’arracher de sa table et de ses machines et sauter ensuite avec lui dans un canot de sauvetage pour rejoindre la terre ferme.

Mais qu’allait-il donc faire dans cette galère !

Tout ceci semble tellement injuste.
Mais à y bien réfléchir, ce n’est pas le navire qui est en perdition. J’espère que c’est le cancer ! Nous sommes là pour Titaniquer le cancer, pour l’atomiser…

Nous voulons plus que tout voir ce monstre heurter un iceberg et sombrer dans les profondeurs insondables.
L’équipage fait tout son possible.
Nous ne sommes que des passagers de deuxième classe.
Le Capitaine nous a prévenus. C’est un voyage de longue haleine, il y aura des hauts et des bas.

On sait déjà qu’il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde mais on peut toujours essayer de s’y embarquer. Nous devrons laisser les compagnons de route fraîchement rencontrés, sans savoir s’ils ont réussi à s’en sortir mais en l’espérant très fort. La mer sera glacée et sombre et le sauvetage demandera certains efforts mais cela vaut la peine de prendre quelques risques.

Au moins, nous avons tous un gilet de sauvetage. Il ne reste plus qu’à se mettre à l’eau, en bateau ou à la nage et avancer sans se retourner vers la guérison.

Lorsque nous commencerons à voir la terre de salut, au loin, nous saurons que nous sommes sauvés.

Bien sûr qu’il flotte notre canot de sauvetage. Il a beau être battu par les flots, on ne le laissera jamais couler ! Je suis prête à prendre mon quart, mon demi et mon tout, à écoper s’il le faut, à braver les vagues déchaînées…

Mais si je dois me noyer, ce ne sera certainement pas dans l’océan mais uniquement dans le bleu des yeux de mon amoureux !