Mardi 22 mars Séance N˚1

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Terminator

 

J’aurai attendu 56 ans mais il y a quelques semaines, je me suis finalement fait faire un tatouage. En fait, j’en ai même trois – trois petits points sur le ventre.

Ils ont bien rempli leur office aujourd’hui, quand je suis allé faire ma première séance de radiothérapie. De minuscules faisceaux laser se sont mis à scintiller autour de moi et les radiologues m’ont alors déplacé, à droite, à gauche, jusqu’à ce que les repères soient parfaitement alignés. La radiothérapie de sauvetage peut être considérée comme une façon plus noble de qualifier ce que l’un de mes amis décrit comme « atomiser le fondement ». Mais bien sûr, il s’agit là de bombardements de précision avec des armes guidées au laser et, nous l’espérons, des dommages collatéraux limités.

L’infirmier très sympathique qui nous a expliqué la procédure nous a montré le cliché du scanner de la session préparatoire (au cours de laquelle j’ai eu droit à mes petits tatouages) – en réalité, il s’agit d’une cible de tir. C’est là, au centre de la zone d’impact que se trouvait ma loge prostatique et, tout autour, on peut voir différentes échelles et des cercles concentriques définissant la « zone d’entraînement ».

Il nous a donné plein d’informations utiles. Quand vous passez une radio pour un os fracturé ou toute autre raison, la dose de rayons X que vous recevez est en moyenne de quelques kilovolts. Pour le genre de traitement auquel j’ai droit, on administre une dose de 6 méga volts, soit mille fois supérieure. Cela me rassure donc de savoir qu’ils vérifient avec une extrême précision ce qu’ils ont en ligne de mire avant d’appuyer sur la gâchette !

Le principe de la radiothérapie dans le traitement du cancer est simple, même si cela paraît un peu violent. Lorsque vous bombardez des cellules avec des rayons, qu’elles soient ou non cancéreuses, cela endommage leur ADN. Comme me l’a expliqué quelqu’un de beaucoup plus calé que moi en médecine, les cellules ordinaires peuvent s’en sortir – pas les cellules cancéreuses. Lorsque les radiations détériorent l’ADN des cellules cancéreuses, elles ne peuvent plus croître ni se diviser et, au fil du temps, elles finissent par mourir. Si vous voulez en savoir plus, consultez ceci (en anglais) :

Donc, si j’ai bien tout compris, il suffit de penser que mon corps est un mur de briques et que le cancer correspond à des briques pourries ou endommagées. Ce que les médecins essaient de faire, c’est de démolir quelques morceaux de cloison – en jetant à la poubelle les briques défectueuses et en faisant confiance à ma propre équipe interne de Super Marios pour reconstruire le mur.

Ce n’est donc pas étonnant que l’un des symptômes les plus courants de la RT soit une impression de fatigue.

Mais pour l’instant, tout va bien.

Je crois même que je commence à aimer l’étrange tête rotative de la machine. Je vais y penser comme si c’était une sorte de Terminator individuel. Il est grand, il est sans état d’âme et il est là pour me sauver. J’ai essayé d’imaginer des cellules cancéreuses en pleine panique, se demandant qui pouvait bien les attaquer, pendant qu’il tournait autour de moi faisant son job, impassible comme un Schwarzy vêtu de cuir, derrière ses lunettes de soleil.

Je dois admettre cependant qu’il y a un moment effrayant, même s’ils prennent la peine de vous avertir à ce sujet. Quand vous êtes bien positionné et qu’ils sont prêts à vous bombarder, une alarme sonore stridente retentit, incitant quiconque se trouve encore dans les murs à quitter la zone au plus vite.

La partie se joue alors entre vous, votre Terminator et le cancer.

Mais je fais toute confiance à Schwarzy pour s’assurer qu’à l’issue de ses séances de tirs il n’y ait plus que nous deux encore en course.

Hasta la vista, baby.

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6 réflexions sur “Mon Terminator à moi

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