Dimanche 20 mars

Version anglaise ici

Avant que ce voyage ne démarre vraiment, j’ai pensé que je devrais essayer d’expliquer pourquoi j’ai décidé d’écrire ce blog.

Chacun fait face au cancer à sa manière. En fait, face à un grave problème de santé, chaque approche est différente.

Certains préfèrent se retrancher au plus profond d’eux-mêmes et mener leur combat en secret. Ils cherchent à protéger leurs proches et leurs amis de la triste vérité, leur épargner les hauts et les bas de leur quotidien. En taisant leur cancer, ils pensent avoir une meilleure chance de préserver leur identité. Ils refusent d’être catalogués d’après leur maladie. Peut-être aussi trouvent-ils insupportable l’idée d’attirer l’attention sur eux-mêmes et qu’ils redoutent le terrible « Comment vas-tu ? » qui ne sert qu’à leur rappeler ce qu’ils s’efforcent d’enfouir au fond de leurs pensées. Parfois, ils se sentent gênés, honteux voire coupables de leur état.

Cela ne me ressemble pas. Je puise un grand réconfort dans l’idée d’être aussi ouvert et honnête que possible. J’ai l’impression qu’en mettant tout sur la table, cela va empêcher mon subconscient de m’entraîner dans les brumes sombres et tourbillonnantes du désespoir.

Le soutien, les encouragements et l’amour de mes proches mais aussi les messages de personnes un peu plus éloignées de ma famille, de mes amis et collègues, anciens ou nouveaux, constituent pour moi une aide inestimable.

Cela n’a rien de surprenant : un vieil adage dit en effet « Un problème partagé est un problème à moitié résolu. », et, d’après la chanson, « Ceux qui ont besoin des autres sont les plus chanceux du monde », etc, etc.

Il y a aussi d’autres raisons qui me poussent à partager mes pensées et mes émotions sur ce blog.

Tout d’abord, je suis un écrivain par choix, par ma formation et par mon métier. En tant que journaliste, pianoter sur un clavier (ou les premiers temps sur une machine à écrire – Et oui, je suis assez vieux pour avoir connu ça !) fait partie intégrante de ma vie depuis de nombreuses années. Je travaille à présent comme producteur et réalisateur de documentaires, mais le cœur de la passion est le même – c’est toujours de l’écriture mais avec des images en mouvement.

L’écriture est un besoin qui vous démange et le fait de coucher les mots sur le papier permet d’apaiser cette démangeaison. Cela me permet aussi d’extérioriser ce qui se passe dans ma tête et dans mon corps.

J’espère aussi qu’en parlant de mon expérience sans tabou, cela va aider d’autres personnes dans la même situation. Quand on vous diagnostique un cancer, c’est effrayant et déroutant. À plusieurs reprises, j’ai trouvé vraiment utile de pouvoir lire les expériences relatées par d’autres.

J’ai repéré une publicité très marquante pour ‘Macmillan Cancer Relief’ (Aide aux malades du cancer) qui passe de temps en temps à la télévision – chaque fois que je la regarde, j’ai envie de pleurer. Un homme d’âge moyen se retrouve en tenue d’hôpital, errant dans un endroit glacial, désert et désolé. Il est tout seul, il semble mourir de froid et il a l’air d’avoir peur, très peur. Soudain, une voix féminine sans visage s’adresse à lui : « Tout va bien, John ? » John se retourne alors vers la voix et la scène change du tout au tout. Il se retrouve dans un service hospitalier à l’ambiance chaleureuse, baignée de lumière et une infirmière de Macmillan se tient à ses côtés, la main gentiment posée sur son bras.

Alors, pour tous les Johns du monde, sachez que vous n’êtes pas seuls. J’espère que mes écrits vous aideront, sinon, continuez d’y croire. Vous finirez par trouver une voix qui vous parle. Et bonne chance !

Et pour finir, je dois reconnaître que je mène une sorte de croisade. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez les hommes au Royaume-Uni avec plus de 40.000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. C’est la deuxième cause de mortalité par cancer chez l’homme au Royaume-Uni, après le cancer du poumon. En 2012, au Royaume-Uni, 10.800 hommes sont décédés d’un cancer de la prostate – ce qui fait 30 par jour.

On en parle pourtant moins et on le connaît beaucoup moins bien que le cancer du sein par exemple, qui décime chaque année à peine un peu plus de femmes (et d’hommes) (11.716 au Royaume-Uni en 2012).

C’est le « cancer de l’homme âgé » (près des trois quarts des décès dus au cancer de la prostate surviennent chez des hommes âgés de 75 ans et plus). C’est un cancer qui se développe lentement et qui « ne vous tuera pas mais vous accompagnera jusqu’à la fin ».

C’est une maladie dont il est difficile de parler. Cela implique un changement de vie et ce n’est pas tout rose.

Cela implique incontinence et impuissance. Le tout premier examen consiste à introduire un doigt dans votre rectum. Certains hommes peuvent se sentir atteints directement dans leur dignité et leur identité sexuelle. Ce sont des choses dont la plupart d’entre nous – surtout les hommes – avons du mal à parler.

Je me fais donc un devoir d’en parler autant que je peux. Pour que les gens comprennent mieux cette maladie. Pour que les hommes atteints d’un cancer de la prostate ne se sentent ni gênés ni honteux. Et pour que leur famille et leurs amis puissent les aider au mieux.

Pour que les scientifiques obtiennent les fonds nécessaires pour développer un test de dépistage vraiment fiable et des traitements plus efficaces.

Pour que les politiciens britanniques ressentent une énorme pression et se décident enfin à mettre en place un vrai programme national de dépistage. (En France, il existe des campagnes de dépistage assez importantes pour les quatre types de cancer les plus courants : sein, prostate, col de l’utérus et colon).

Je vais donc continuer à pianoter sur mon clavier en partageant ce voyage jusqu’au bout des rayons.

Il reste un long chemin à parcourir et comme dit le proverbe africain : « Si tu veux aller vite, vas-y seul mais si tu veux aller loin, alors il faut y aller ensemble. »

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4 réflexions sur “Qui veut voyager loin…

  1. très belle initiative que de nous inviter au voyage. Voyage initiatique pour tes lecteurs et lectrices qui ne sont pas touchés de près par cette maladie. C’est en comprenant que nous pourrons t’accompagner alors merci de cette initiative et surtout plein de bonnes choses. Pleins de pensées positives. Bises.

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