Lundi 21 mars

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Nous voilà donc prêts à partir. C’est un long voyage qui nous attend mais le moral est au beau fixe. Quelques derniers préparatifs et ce sera le grand départ. Et je me sens tellement plus léger. Cela peut sembler étrange mais, dans la lutte contre cette foutue maladie, nos pires ennemis sont l’incertitude, l’indécision et l’inactivité. L’incertitude n’étant plus de mise (du moins pour le moment), le fait d’avoir pris une décision, de faire enfin quelque chose, nous redonne le moral.

Ce fut pourtant une décision bien difficile à prendre.

Fin 2015, les médecins m’ont annoncé que mon cancer de la prostate était de retour. C’est en décembre 2014 que le premier diagnostic était tombé, après un test PSA de routine et une série de biopsies. Le test PSA ou test de l’Antigène Prostatique Spécifique de la prostate est un test sanguin, pas toujours très fiable, qui permet d’indiquer la présence ou l’absence d’un cancer de la prostate chez la plupart des hommes. En janvier 2016, j’ai subi une opération pour enlever ma prostate (prostatectomie radicale [PR] dans le jargon médical). Je me suis très bien remis de l’opération. Mon taux de PSA est devenu quasiment indétectable. Je n’ai eu aucun problème d’incontinence et j’ai même récupéré la fonction érectile. La vie me semblait belle, bien qu’un peu différente.

Et puis, peu à peu, mon taux de PSA a commencé à remonter. Chez les patients post-PR comme moi, c’est lourd de signification. Un PSA en hausse indique la récidive du cancer. A l’automne dernier, mon taux a augmenté de façon alarmante et, à la fin de l’année, il a franchi le seuil au-delà duquel les médecins considèrent devoir intervenir. La bonne nouvelle, c’est qu’une série de scanners n’ont montré aucun signe de métastase, ni sur les ganglions lymphatiques, ni sur les os. La mauvaise nouvelle, c’est que la même série de scanners n’a montré aucune trace de cancer. Cela signifie que les médecins ne savent pas vraiment où se cachent les cellules cancéreuses qui ont échappé au scalpel du chirurgien et de son assistant robotique.

Par expérience, ils savent que ces cellules cancéreuses ont de fortes chances de se trouver autour la loge prostatique – la zone où se trouvait la prostate – en train de faire la seule chose que ces idiotes sachent faire, se multiplier, et dans mon cas, assez rapidement.

Mais ils ne peuvent pas être sûrs à 100% que c’est là qu’elles se trouvent.

Cela signifie que le traitement le plus efficace, 33 séances de radiothérapie externe (RT en abrégé), a environ 50% de chance de réussite.

Oh mais alors c’est très simple ; il n’y a qu’à le jouer à pile ou face et prier pour que ça se passe bien !

Mais ce n’est malheureusement pas aussi simple que cela. Parce que pour un patient post-PR tel que moi, comme me l’a expliqué d’un ton plus que sec et sans ménagement, la Spécialiste qui m’a reçu, il y a 60 à 70% de chance pour que la radiothérapie me rende impuissant. Définitivement.

A 56 ans, certains hommes sont prêts à « raccrocher les gants », si je peux m’exprimer ainsi. Pas moi !

Donc, me voici devant une décision cornélienne : subir la RT qui va peut-être me guérir mais sans aucune garantie, avec de fortes chances de me rendre impuissant, ou ne rien faire en croisant les doigts.

Quelques recherches sur le web m’ont révélé qu’en ne faisant rien, je n’avais que 15% de chance d’arriver à l’âge de la retraite. Par contre, je pourrais sans doute avoir une meilleure qualité de vie pendant 7 ou 10 ans, jusqu’à ce que le cancer commence à vraiment faire des dégâts.

J’ai finalement décidé de tenter le coup. C’est ma dernière chance de guérison – mon seul espoir de terrasser le cancer pour de bon. Si je ne fais rien, le cancer va probablement se propager. On peut traiter et ralentir la progression d’un cancer de la prostate qui s’est développé, mais on ne peut pas le guérir. On peut gagner du temps, parfois des années, mais seulement en utilisant un lourd traitement hormonal qui est en fait une forme de castration chimique. En supprimant la testostérone, on empêche les cellules cancéreuses prostatiques de se développer. Le revers de la médaille, c’est que cela vous rend impuissant et vous supprime toute libido. Pour moi, cela signifierait devenir quelqu’un d’autre.

J’ai donc décidé de tenter ma chance en passant par la case RT.

Je suis en bonne santé et relativement en forme. Compte tenu de la façon dont j’ai récupéré la fonction érectile (avec l’aide d’un peu de Cialis), le talent de mon chirurgien allemand semble avoir parfaitement réussi à préserver les fragiles nerfs qui cheminent sur l’extérieur de la prostate et qui sont essentiels pour se mettre au « garde à vous ». Il reste juste à espérer que ces nerfs pourront résister à un assaut radioactif. Et si ce n’est pas le cas, disons que j’ai déjà connu l’impuissance, avant et après l’opération, et que nous l’avons bien gérée (même si l’on pouvait toujours caresser l’espoir – devenu depuis réalité – que c’était temporaire).

Il n’y a plus qu’à lancer les dés et partir pour un voyage jusqu’au bout des rayons pour voir ce qui se passe de l’autre côté.

La décision est prise. Maintenant, on se met en route et on ne peut qu’avancer.

Et ça fait du bien de bouger. D’aller de l’avant, de s’attaquer à ces saloperies de cellules cancéreuses.

Survivre au cancer sans en être une victime.

La question n’est pas « Pourquoi moi ? » mais plutôt « Pourquoi pas moi ? »

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3 réflexions sur “Puisqu’il faut choisir…

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